
Ici, les choses prennent leur valeur vraie, les problèmes se hiérarchisent et l’essentiel – si peu, en fait – se dégage de tout l’inutile dont on tient tant, ailleurs, à le prolonger.
Un pays dur, austère, sans sourire, à certains égards féroce, où sont interdites la faiblesse, la maladie et la pitié. Mais somme toute, salubre et tonique, où l’homme retrouve, au ras du sol, parmi les autres bêtes, sa place normale, reprend son rythme normal et obéit, sans décalage, à l’alternance des jours et des nuits. Riche, comme sur la mer et avec des vents qui sont, eux aussi, ceux du grand large, d’une sorte de griserie de la liberté, du trajet sans détours, de l’horizon sans obstacles, d’une vie brutale, certes, mais sans trépidation, sans bousculade, calme, silencieuse et parce qu’elle est accueillante aux grâces, petites et grandes, du moment présent, assurée d’un magnifique rassasiement.
Leçon d’humilité et promesse de certitudes, le Sahara ne l’est pas seulement par le caractère impérieux, tyrannique qu’y prend, dans ses exigences, le réel. Il l’est en tout cas par un double sentiment qu’il développe incomparablement.
Celui, d’abord, de la situation modeste de l’homme, lâché au cœur d’un cosmos dont il découvre ici, sans ambiguïté, que, loin d’en constituer précisément le centre, il n’y figure qu’à titre de spectateur, et de spectateur provisoirement toléré.
Et puis, découverte plus poignante encore peut-être, constatation de la prodigieuse fugacité des choses matérielles : océan de dunes construites, grain à grain, de sables arrachés à des grès qui, eux-mêmes, en avaient emprunté les minuscules cristaux de quartz à des granits plus vieux encore – cicatrices rabotées jusqu’à l’horizontale de montagnes littéralement effacées –, vastes plaines desséchées où s’ébattaient, avant-hier encore, l’hippopotame et le crocodile – tout a changé, tout encore, imperceptiblement, inlassablement, change.
Peut-on imaginer illustration plus directe, plus frappante, plus pathétique de la parole de l’Écriture : « La figure de ce monde passe… » ?
Here, things assume their true value, problems fall into their proper order of importance, and what is essential—so little, in fact—stands out clearly against all the unnecessary things that, elsewhere, we are so intent on clinging to.
A harsh, austere land, without a smile, fierce in some respects, where weakness, illness, and pity are forbidden. Yet, all in all, wholesome and invigorating, where man rediscovers, close to the ground, among the other animals, his proper place, returns to his natural rhythm, and follows, without deviation, the succession of day and night. Rich, as at sea and with winds that are likewise those of the open ocean, in a kind of exhilaration of freedom, of a journey without detours, of horizons unobstructed, of a brutal life, certainly, but without trepidation, without jostling, calm, silent, and, because it welcomes the small and great graces of the present moment, assured of a magnificent fulfillment.
The Sahara is a lesson in humility and a promise of certainties, not merely because of the uncompromising, tyrannical character that reality assumes there in its demands. It is so, above all, because of a twofold feeling that it inspires with incomparable force.
First, that of man’s humble position, cast into the heart of a cosmos in which he discovers here, without ambiguity, that far from being its very center, he figures in it only as a spectator, and a spectator who is merely tolerated for the time being.
And then, perhaps an even more poignant discovery, the realization of the extraordinary fleetingness of material things: an ocean of dunes built, grain by grain, from sands torn from sandstones that had themselves borrowed their minute quartz crystals from even older granites—scars planed down to the horizontal, left by mountains literally erased—, vast dried-up plains where, only the day before yesterday, hippopotamuses and crocodiles frolicked—everything has changed, everything is still, imperceptibly, tirelessly, changing.
Could one imagine a more direct, more striking, more poignant illustration of the words of Scripture: “The form of this world is passing away…”?
« Le plus beau désert du monde : le Sahara », in : La Revue des voyages, n° 3, 1958. Texte repris de la réédition dans Le Sahara de Monique Vérité, publié chez Favre en 1999. Traduit en anglais par Rainer Ebert.

Théodore Monod (1902–2000) était un naturaliste, explorateur et érudit français renommé, surtout connu pour ses travaux sur le Sahara. Il était pacifiste, ardent défenseur des droits des animaux et végétarien.
Théodore Monod (1902–2000) was a renowned French naturalist, explorer, and scholar, best known for his work in the Sahara. He was a pacifist, an ardent defender of animal rights, and a vegetarian.